John Mayall, Paris@New Morning : Le blues décomplexé

LIVE REPORT. John Mayall a marqué l’histoire de la musique et du Blues. Depuis John Mayall Bluesbreakers with Eric Clapton en 1965, il n’a jamais arrêté de tourner et de multiplier les participations. Souvent cité en exemple parmi les plus grands bluesmen, ce précurseur a su dépoussiérer le Blues traditionnel de papa avec un son plus pop, donnant naissance au Blues Rock. A-t-il été fidèle à sa légende ce soir au New Morning ?

Le New Morning, petite salle parisienne est l’endroit idéal pour accueillir une musique intimiste et chaleureuse tel que le jazz ou le blues. Cette musique qui vous prend les tripes et vous touche le coeur n’a pas besoin d’un Bercy et ce n’est pas les américains, champions du monde des clubs de jazz (BB King Blues Club & Grill, The House Of Blues…) qui me contrediront !

Arrivé un peu en avance, je pensais pouvoir trouver facilement une place assise, grand mal m’en a pris, Une queue de plusieurs centaines de personnes étaient déjà engagée sur le trottoir qui partait du 1er au 9 rue des Petites Ecuries du 10ème arrondissement. Prêt à affronter le froid, je suis resté sagement en queue de fil en attendant l’ouverture des portes.

La fine fleur des vieux briscards des années 60 et 70 est réunie. Nous sommes bien à un concert de blues. Je suis encore un des plus jeunes… Mais pourquoi la jeune génération n’est-elle pas alerte sur cet artiste hautement reconnu ? Sa musique dite « pour les vieux » sera-t-elle démentie ce soir ?

A l’intérieur, tout fait penser à un petit Olympia : affiches sur les murs, teinte rouge prédominante du sol au plafond. Pas de doute, à en voir les nombreux artistes présents sur papier glacé, nous sommes bien dans l’antre du jazz.

Chose assez exceptionnelle (je n’avais jamais vu ça), John Mayall vend son dernier CD dans le hall derrière un petit présentoir (20€ quand même!!), souriant détendu, visiblement très heureux de faire son propre VRP. Je ne m’arrête pas, ma mission est de trouver la meilleure place bien que 80% du public soit rentré avant moi….Ô malheur, les emplacements surélevés à gauche et à droite on été pris d’assaut par la grande majorité des seniors de l’assistance. J’arrive quand même à me faufiler et prends position assis sur un « fly case régie », situé à l’extrême gauche de la scène. Je ne verrai pas le batteur ni même le guitariste caché par John mais bon, je suis assis, pas de tête devant moi, je vais pouvoir m’évader au son des belles mélodies bluesy :-)

Ce soir, pas de première partie, on passe directement à la tête d’affiche : John Mayall. Arrivé sur scène encore tout sourire (visiblement satisfait de ses ventes de disques dans le hall tout à l’heure) c’est d’un pas sautillant que John rejoint son clavier qui ne le quitte plus depuis le début de sa carrière. En grande forme, il nous met dans le bain de suite avec Hideaway, le tube blues de 1966 écrit par Freddie King quelques années plus tôt, puis ré-enregistré par John Mayall Bluesbreakers with Eric Clapton. Il est certain que Clapton a très largement contribué à sa popularité. Dès ce premier morceau (Hideaway) : le niveau de ses musiciens saute aux yeux/aux oreille. Ça envoie !

LINEUP :

John Mayall : lead vocals, guitar, harmonica and keyboards
Rocky Athas : Lead guitar
Greg Rzab : Bass
Jay Davenport : Drums

Le guitariste (Rocky Athas) est propre, très propre, sa Gibson Les Paul 59 sonne, les notes ne sont pas liées par la saturation, tout est clair et limpide comme une bonne bière texane (à l’heure où j’écris ce billet, je n’ai pas trouvé mieux comme image). Le batteur (Jay Davenport) avec un son/style très jazzy est très propre dans ses interprétations, j’attends avec impatience la suite car on sent qu’il en a sous la caboche. Le bassiste (Greg Rzab) sosie de Owen Wilson est une bombe à retardement. Le voyant évolué durant ces 5 premières minutes, glissant 2-3 techniques de très haut vol, je sens qu’on va assister à une grande leçon de musique. Je ne me suis pas trompé….

Je ne vais pas détailler tous les titres mais nous avons assisté à une prestation de 10 titres (seulement) pour 1h25 de blues revisité ! Je vous laisse calculer le temps moyen par titre…

Chaque morceau a apporté une ambiance, une atmosphère particulière. John sait très bien s’entourer et choisir ses musiciens. Dans le monde du blues, l’artiste est souvent mis en avant et ses musiciens aussi talentueux soient-ils sont souvent en retraits et peu mis en avant sur scène (Jimi Hendrix & The Experience, Gary Moore et son band…).

John a toujours porté une attention particulière à la mise en forme de sa musique. Il a était l’un des pères fondateurs des grands mouvements de blues de ces 50 dernières années, aussi bien le British Blues Boom (dans les années 60) et plus tard dans les années 80 où il a propulsé (avec d’autres artistes anglais notamment) le Blues-Rock en y ajoutant un côté plus dansant, plus funky (écoutez Stevie Ray Vaughan ou Jeff Healey). Ce soir a été une traversée des grands courants du Blues. Une traversée agitée avec des titres pêchus et rythmés comme Mail Order Mystics ou encore des morceaux où l’harmonica, 1er instrument blues par excellence, est très largement mis à contribution (si vous avez le titre de ce morceaux je suis preneur) et une traversée sur une mer d’huile après la tempête comme Blues For Last Days

Sans tomber dans la démonstration et la surenchère de notes, nous avons eu droit  à un concert plein d’improvisations et proche de la perfection tout en gardant l’âme de chaque morceau. John, multi-instrumentiste a alterné clavier, harmonica et guitare, souvent même harmonica de la main gauche et clavier de la main droite.

Room To Move a était l’un des temps forts de cette soirée, un morceau de 14 minutes ou le quartet a fait ressortir tous ses talents de solistes. A tour de rôle, les musiciens ont jammé avec John (en mode beatbox blues) et se sont succédés sur le devant de la scène pour un boeuf des plus participatifs.
Avec un jeu exclusivement aux doigts, Greg Rzab nous a enchaîné toutes les techniques de basse souvent associées au jazz-fusion. Tapping, slap, step, tout y est passé ! Le New Morning s’est transformé l’espace de quelques minutes en une véritable boîte de Funk… pour le plus grand plaisir des 500 spectateurs présents.

John, en chef d’orchestre avisé, a mené de main de maître son band. Les jeux de regards étaient omniprésents. Le concert basculait d’un solo guitare à l’harmonica ou la basse d’un simple regard. Sa joie était communicative. Face à ses musiciens, il avait le regard d’un enfant émerveillé. Pas l’ombre d’une attitude désinvolte ou dédaigneuse (comme certains de ces contemporains comme Bob Dylan, Miles Davies ou Chuck Berry). Il est resté lui-même depuis le début des années 60, pas de problème d’ego. Accessible, humain, généreux.
Un gentleman bluesman, doté de son flegme légendaire et son humour « so british« , le tout dans un anglais parfait, ce qui nous change des F*** à chaque mot de ses cousins rockers américains.

A 79 ans, John Mayall est dans une forme olympique et n’est pas encore prêt à tirer sa révérence.
Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce concert, il tourne encore à Lille, à Lyon, n’hésitez pas à prendre vos billets, les légendes vivantes « accessibles » se font rares dans notre vieux continent.
Et vous, vous en avez pensez quoi ? 

SETLIST

1. Hideaway
2. Nothing To Do With Love
3. Gimme One More Day
4. Mail Order Mystics
5. Blues For Last Days
6. ???
7. Dirty Water
8. Long Gone Midnight
9. Room To Move

Encore :
10. All Your Love

VIDEO : HIDEAWAY (John Mayall, Paris@New Morning, 2012.11.28)

VIDEO : BLUES FOR LAST DAYS (John Mayall, Paris@New Morning, 2012.11.28)

VIDEO : MAIL ORDER MYSTICS (John Mayall, Paris@New Morning, 2012.11.28)

VIDEO : ROOM TO MOVE (John Mayall, Paris@New Morning, 2012.11.28)

VIDEO : John Mayall, Paris@New Morning, 2012.11.28

VIDEO : ALL YOUR LOVE (John Mayall, Paris@New Morning, 2012.11.28)

PHOTOS :

 

 

 

 

 

A LIRE AUSSI :
Le site officiel de John Mayall 

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