Sixto Rodriguez@La Cigale : le retour de la momie

On ne va pas se mentir. Même si on l’avait placé en bonne position dans la liste des concerts à ne pas rater cette année, on n’attendait plus grand chose du concert de Sixto Rodriguez ce mercredi soir à la cigale. Les critiques qui avaient suivies ses premières dates parisiennes lundi et mardi au Zenith de Paris évoquaient un Sixto aveugle, alcoolique et (mal) accompagné par des musiciens balourds. Pas vraiment de quoi faire rêver.

Sixto Rodriguez@La Cigale

Sixto Rodriguez à la Cigale, le 5 juin 2013

Un espoir subsistait pourtant pour cette troisième et dernière date dans la capitale. Dans une salle à taille humaine (1500 places). Et face à un public de fans de la première heure. Enfin… fans depuis le 26 décembre dernier, date de la sortie française du docu Searching for Sugarman, les places pour la Cigale ayant été mise en vente dans la foulée, plusieurs semaines avant les deux Zénith.

Arrivés vers 20h dans la salle mythique de Pigalle, on s’installe en plein centre d’une fosse bien garnie. Autour de nous, des fans, des sosies de Rodriguez, des familles venues au grand complet, quelques peoples (Claire Chazal !) et des jeunes bobos locaux. Sans oublier ces hipsters du Discolab.

Il est 20h27 quand les lumières s’éteignent. La foule, ravie, applaudie. Accompagné d’une femme et d’un roadie, un vieux monsieur arrive péniblement sur scène, se laisse guider jusqu’au micro. C’est Sixto. 70 ans.

Pantalon en cuir, lunettes noires et chapeau de sorcier vissé sur le crâne. Sourire extra-large. Sugar Man est bien réel.

Sixto Rodriguez@La Cigale
Après deux prestations catastrophiques au Zenith, on a retrouvé Sugar Man à la Cigale

Climb up on my music ouvre le bal. Et, surprise, c’est pas si mauvais. Le gars tient debout. La voix est là. Le morceau tient la route.

Sixto taquine les cordes de sa guitare d’une main gracieuse. Malgré sa carrure, on a du mal à l’imaginer monter des parpaings. Les accords sont souvent faux, le ton n’est pas toujours juste. Mais la magie opère.

Les musiciens, qui n’ont pas les faveurs du public, ont souvent du mal à suivre le natif de Detroit mais on s’en fout. On est pas chez Nouvelle Star ici.

L’émotion elle, est bien présente, lorsque Sixto entame le riff imparable d’I Wonder. Une version massacrée ? Bâclée ? En tout cas assurément pas optimisée. Mais on est content de l’entendre enfin en live. Même sentiment pour son tube Sugar Man, qui méritait sûrement meilleur traitement.

Les morceaux s’enchaînent assez rapidement. Rodriguez en écourte certains.

Parfois gênant (quand il cherche son micro ou oublie un couplet), souvent attendrissant, l’homme ne laisse personne indifférent dans la salle.

Sixto Rodriguez@La Cigale

Sixto en mode Licence IV

Dur avec les musiciens, le public l’est beaucoup moins avec l’homme au chapeau, à qui il pardonne tout. Fausses notes et blagues ratées comprises. Quelqu’un a compris l’histoire de Mickey et Minnie ?

Entre deux reprises d’Elvis, Sixto rend hommage à la musique française (La Vie en Rose,  C’est si Bon). Sirote des verres de vin. Cul sec. Cherche son micro. Joue les philosophes :

« La haine est un sentiment trop fort pour la gaspiller sur quelqu’un qu’on déteste vraiment« .

Après une heure de show, Rodriguez et sa bande reviennent pour le rappel. Et pas n’importe lequel. Like a Rolling Stone. Comme pour assumer sa filiation avec Dylan, à qui on le compare systématiquement. Le morceaux tient la route, jusqu’au troisième couplet. Sixto n’en peut plus. Il lâche sa guitare, fais un signe de tête vers ses musiciens, qui abrègent le morceau et le show.

Aveugle, oui. Alcoolique, sûrement. Légende vivante… peut-être.

On est content d’être venus, mais, on se demande quand même si tout cela était bien nécessaire. Pourquoi infliger une tournée et surtout autant de dates à un artiste visiblement pas dans son élément sur scène et accompagné de musiciens avec lesquels il ne répète pas ?

Fait-il ça pour lui ? Pour nous ? Le mystère reste entier.

Et ses rares interviews (il prétend ne rien avoir à dire) n’arrangent pas les choses.

Allez, on se retrouve demain pour  la review d’une autre légende vivante… Neil Young !

Quelques photos du beau Sixto : 

A lire aussi:

Posted under: News

Tagged as:

Share this:

Laisser un commentaire

  • RSS
  • Facebook
  • Twitter
  • YouTube