Bob Dylan @ Le Grand Rex : du vieux avec neuf

Loin du mythe et proche du musicien, Dylan a donné le premier de ses trois concerts parisiens mardi au Grand Rex. Une soirée ancrée dans les racines du rock n’ roll. Entre hommage et nostalgie. On n’avait pas vu le Zim en aussi bonne forme depuis longtemps.

Bob Dylan - Au Grand Rex

25 ans qu’il tourne sans s’arrêter. A 72 ans, Bob Dylan, en total décalage avec le reste de l’industrie musicale, continue de se produire plusieurs centaines de soirs par an. Avec ou sans album à promouvoir. Le troubadour revisite classiques et dernières compositions, réorchestre chaque morceau. Leur donne une deuxième, une troisième vie. Comme pour les rendre intemporels. Certains parlent de sabotage, d’autres crient au génie.

2 600 âmes se sont massées dans la superbe salle art-déco du Grand Rex. Un décor vintage spectaculaire qui colle parfaitement avec le son rétro du Barde du Minnesota, définitivement ancré dans la musique traditionnelle américaine de la première moitié du XXe siècle.

Comme souvent lors des sorties du Zim, les premiers rangs sont une véritable Tour de Babel. Les fans du monde entier s’y donnent rendez-vous. On y croise les mêmes visages depuis 15 ans. Comme Hugues Auffray évidemment.

Il est 20h50 quand les lumières s’éteignent. Stu Kimbal, guitare sèche en bandoulière, lance THINGS HAVE CHANGED. Tout un symbole. Dylan monte sur scène et s’approche du micro central. Il interprétera ce morceau d’ouverture debout, face aux premiers rangs. Qui a dit qu’il tournait le dos au public ? Bon, certes, son visage n’est jamais éclairé, et il vaut mieux être bien placé pour apercevoir ses rictus.

Le vieux rockeur a remisé son chapeau et son Bontempi pour laisser la place à une crinière spectaculaire et à un véritable piano. Ce n’est pas plus mal. Ses fidèles lieutenants sont au rendez-vous. Tony Garnier à la basse, Charlie Sexton à la guitare, George Recile à la batterie. Ils ne quittent pas Bob des yeux. Il faut dire qu’il n’est pas toujours facile à suivre. Le barde se tourne régulièrement vers eux. Distille les indications et les sourires. On ne le sait pas forcément, mais Dylan s’éclate sur scène. Alternant piano et harmonica. Bonnes et fausses notes.

Au grand regret des fans de la première heure, l’ancien folkeux ne jouera que trois titres de ses glorieuses sixties (SHE BELONGS TO ME en début de show et l’enchaînement ALL ALONG THE WATCHTOWERS / BLOWIN’ IN THE WIND en rappel).

L’essentiel de la setlist est composé de morceaux récents. Interprétés avec plus ou moins de réussite. Si on manque de s’endormir dans les confortables sièges du vieux cinéma parisien sur EARLY ROMAN KINGS ou FORGETFUL HEART, Dylan et son Band se montrent beaucoup plus efficaces sur DUQUESNE WHISTLE, PAY IN BLOOD et surtout LOVE SICK. Interprétation magistrale et crépusculaire. Un des grands moments de la soirée.

Love Sick – Bob Dylan (Paris @ Le Grand Rex 2013.11.13)

Le génie de Dylan apparaitra encore à quelques reprises. D’abord sur TANGLED UP IN BLUE : un morceau en perpétuelle réécriture que le songwriter fait évoluer d’années en années, de tournées en tournées, modifiant la mélodie ici, ajoutant quelques vers là. Puis sur SIMPLE TWIST OF FATE, autre chef d’œuvre revisité tiré de Blood on the Tracks.

Et surtout, ce soir, Bob a parlé !

« Merci beaucoup » a-t’il lancé devant une assistance incrédule avant l’entracte. L’ovation de la soirée bien sûr (à 4mn17 sur la vidéo ci-dessus).

Loin du mythe construit lors de ses années folks et du produit marketing habilement façonné par son manager Jeff Rosen, Bob Dylan a montré son vrai visage. Celui d’un musicien-troubadour, still on the road Headin’ for another joint.

Paris France
Le Grand Rex
12 Novembre 2013

1. Things Have Changed
2. She Belongs To Me
3. Beyond Here Lies Nothin’
4. What Good Am I?
5. Duquesne Whistle
6. Waiting For You
7. Pay In Blood
8. Tangled Up In Blue
9. Love Sick
(Entracte)
10. High Water (For Charley Patton)
11. Simple Twist Of Fate
12. Early Roman Kings
13. Forgetful Heart
14. Spirit On The Water
15. Scarlet Town
16. Soon After Midnight
17. Long And Wasted Years

(encore)
18. All Along The Watchtower
19. Blowin’ In The Wind

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Bob Dylan @ Le Grand Rex : « Vive la France » : le flash report de la 2e soirée.

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