Bob Dylan @ Royal Albert Hall (London) : A-t-on assisté au dernier concert du poète du Rock n’ Roll ?

Nous étions au troisième concert de Bob Dylan jeudi soir à Londres. Dernière étape de sa tournée d’automne. Et dernier concert programmé du Never Ending Tour. Un final en beauté dans une enceinte spectaculaire.

Bob Dylan and His Band, Royal Albert Hall, London47 ans après, l’homme qui a osé mélanger le folk et le rock est de retour sur la scène légendaire du Royal Albert Hall. Là où tout a commencé. Là où tout s’est peut être terminé. 47 ans après l’insulte ultime. Le « Judas » scandé ce soir de 1966 pour condammer le crime électrique. Une insulte parfaitement audible depuis bientôt cinq décennies dans le bootleg le plus célèbre de l’histoire de la musique et officialisé par Columbia au tournant du siècle : Live at the « Royal Albert Hall ».

Même si on sait depuis que l’événement s’était produit quelques jours plus tôt, au Free Trade Hall de Manchester, le mythe perdure.

Il est 19h30 pétantes quand les lumières s’éteignent. Bob Dylan and His Band débarquent sur scène. Stu Kimbal lance le show, guitare sèche en bandoulière. Le discret gratteux assurera avec autant de brio l’intro, électrique cette fois, de la deuxième partie du concert.
Dylan se cale au centre de la scène. Sans chapeau. Crinière hirsute. Costume rétro et chaussures de bowling. Quelques bons mètres le séparent des premiers rangs.THINGS HAVE CHANGED ouvre le bal. Comme au Grand Rex à Paris. Comme sur 99% des concerts de la tournée, où une fois n’est pas coutume, le barde du Minnesota répète la même setlist chaque soir. Confortablement installés dans nos fauteuils rouges pivotants, on entendra donc surtout des compositions récentes. Notamment l’essentiel de Tempest, son dernier album sorti en 2012. Seulement trois morceaux issues des glorieuses 60’s.
Bob Dylan and His Band, Royal Albert Hall, LondonSur scène, Dylan semble alterner nonchalance et arrogance. Ou doit-on y voir plus fatigue de la fatigue et de l’humilité ? Le personnage cultive le mystère. Voix caverneuse, ambiance crépusculaire, le Zim est toujours aussi peu éclairé.
Bob joue du piano debout, balance quelques notes d’harmonica - saluées bruyamment  par un public conquis – dodeline, opine du chef, s’étire entre les morceaux, prend la pose, fixe le public, se tourne vers ses musiciens. Emmené par ses fidèles lieutenants Tony Garnier et Charlie Sixton, le groupe ne quitte pas le maître du regard.Le public anglais est plutôt excité. Les Londoniens ont l’applaudissement généreux. Dans le public, des pères venus avec leur fils, des mères avec leur fille, des étrangers, des vestes à paillettes. Le ballet des ouvreuses, traquant les flashes avec leur sourire tout britannique est un spectacle à lui tout seul.
PAY IN BLOOD, TANGLED UP IN BLUE et LOVE SICK offrent une fin de première partie de haut vol. Dylan à son meilleur niveau, entre agressivité, émotion et rédemption. Ces trois morceaux à eux seuls valent le déplacement.
Bob Dylan and His Band, Royal Albert Hall, LondonPassées les quelques ballades de trop de la deuxième partie, le public s’enflamme sur les derniers vers de SPIRIT IN THE WATER :
You think, I’m over the hill
Think, I’m past my prime
Let me see what you got
We can have a whoppin’ good time
Comme pour lui signifier que non, il n’est pas encore bon pour la retraite.
L’élégant SOON AFTER MIDNIGHT et l’épique LONG AND WASTED YEARS terminent le set en beauté.
Bob Dylan and His Band, Royal Albert Hall, LondonLe niveau s’élève définitivement pendant le rappel. La frappe lourde de George Recile fait trembler les murs du Royal Albert Hall sur une version déchaînée de ALL THE WATCHTOWERS, avant le final attendu. Pas de ROLL ON JOHN, le morceau composé en hommage à son ami John Lennon et joué à deux reprises ces derniers jours. Ce soir, ce sera BLOWIN IN THE WIND interprété devant une foule debout, hypnotisée par l’artiste, transcendée par un hymne composé il y a plus d’un demi-siècle.
Bob Dylan and His Band, Royal Albert Hall, LondonLes lumières se rallument. Dylan salue la foule. Fait un pas en avant et traverse le mur virtuel qui le sépare de ses fans pour saluer physiquement les premiers rangs avant de quitter la scène. Bob a littéralement touché son public. Du jamais vu. Londres en demande encore. On ne sait pas quand sera la prochaine fois. Y aura-t-il une prochaine fois ?
Setlist

1. Things Have Changed (Bob center stage)
2. She Belongs To Me (Bob center stage with harp)
3. Beyond Here Lies Nothin’ (Bob on grand piano, Donnie on electric mandolin)
4. What Good Am I? (Bob on grand piano, Tony on standup bass)
5. Duquesne Whistle (Bob on grand piano, Tony on standup bass)
6. Waiting For You (Bob on grand piano)
7. Pay In Blood (Bob center stage)
8. Tangled Up In Blue (Bob on grand piano)
9. Love Sick (Bob center stage with harp, Donnie on electric mandolin)
(Intermission)
10. High Water (For Charley Patton)
(Bob center stage with harp, Donnie on banjo, Tony on standup bass)
11. Simple Twist Of Fate (Bob on grand piano)
12. Early Roman Kings (Bob on grand piano)
13. Forgetful Heart (Bob center stage with harp, Donnie on violin, Tony on standup bass)
14. Spirit On The Water (Bob on grand piano, Tony on standup bass)
15. Scarlet Town (Bob on grand piano, Donnie on banjo, Tony on standup bass)
16. Soon After Midnight (Bob on grand piano)
17. Long And Wasted Years (Bob center stage)

(encore)
18. All Along The Watchtower (Bob on grand piano)
19. Blowin’ In The Wind
(Bob on grand piano with harp then center stage with harp, Donnie on violin)

Galerie photos
 

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2 comments

  • Dwigt on 30 novembre 2013 at 1:20 said:

    Le cri de « Judas ! » a longtemps été attribué au concert du Royal Albert Hall du 27 mai 1966, parce que le premier bootleg de ce set électrique avait noté une fausse date. L’enregistrement provient en fait du 17 mai 1966 à Manchester, et le volume 4 de la Bootleg Series, Live 1966, avait d’ailleurs pris soin de préciser avec des guillemets que c’était le « ‘Royal Albert Hall’ Concert, en raison de cette tradition fausse.
    La confusion provient de trois choses :
    – la setlist ne changeait jamais (ou presque) pendant cette tournée, donc impossible d’identifier une date au vu des titres joués
    – on a supposé que seules les dates de Londres avaient été enregistrées en soundboard. Or la plupart des concerts anglais l’avaient été (« Just Like Tom Thumb’s Blues » de Liverpool était sorti en face B d' »I Want You »), au niveau du label ou de D.A. Pennebaker, qui filmait la tournée en question.
    – le concert du 27 mai a été le dernier concert de Dylan pendant longtemps, et c’était tentant d’imaginer que l’incident avait eu lieu sur le dernier morceau du dernier concert, alors qu’il avait eu lieu en milieu de tournée, avant l’escale à Paris et les dates anglaises.

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