Bob Dylan @ Palais des sports : crooner intemporel

Le chanteur américain donnait dimanche le premier de ses deux concerts parisiens au Palais des Sports. Nous y étions, comme à chacun de ses passages à Paris.

BOB-DYLAN-2015

Bob Dylan n’est jamais là où on l’attend. Promis à une longue et monotone carrière de chanteur protestataire au début des années 60, le natif du Minnesota prend le contrepied dès 1965, électrifie sa musique et s’attire les foudres des gardiens du temple du folk. Outsider dans l’âme, Dylan a toujours refusé les statuts d’icône dont on a voulu l’affubler. Du chantre du folk protestataire au héraut du rock poétique. Même s’il a aidé à façonner la musique contemporaine, il a toujours laissé les autres jouer les prophètes. Son truc à lui, c’est la musique. Folk, Rock, Blues, Jazz, peu importe. Bob Dylan s’est toujours défini et comporté comme un troubadour, un musicien, enchainant, avec un naturel déconcertant, albums et tournées. C’en est même devenu un concept.

Depuis 1987, son Never Ending Tour le porte 300 soirs par an aux quatre coins du monde. Régulièrement en France. Cet été, le poète du rock n’ roll a joué à Saint Malo. Sa dernière prestation parisienne, elle, remonte à l’automne 2013. Dylan avait donné trois concerts d’une étonnante qualité dans la superbe salle art-déco du Grand Rex. Nous y étions.

Cette année, c’est au Palais des Sports (qu’il faut désormais nommer Dôme de Paris) que l’on a retrouvé la légende et ses fidèles.

Un concert de Dylan, c’est quoi aujourd’hui ?
Surtout pas de folk, un peu de rock, beaucoup de blues, un soupçon de jazz et depuis un an, des reprises de Franck Sinatra. A 74 ans, Bob Dylan, fine moustache, chapeau à bords larges, costume étincelant, n’interprète pas ses les titres les plus connus. Ce dimanche soir au Palais des Sports, les non-initiés ont dû patienter une bonne heure et demi (entracte et rappel compris) et les premières notes de Blowin’ in the Wind, revisité au piano, mais parfaitement reconnaissable, pour se sentir en terrain familier.

Refusant de céder à la nostalgie, Dylan puise dans son répertoire récent : Tempest (2012), Together Through Life (2009), Modern Times (2006) et le petit dernier Shadows In The Night (2015). Avant le rappel, seuls deux morceaux n’étaient pas issus de ce récent quintet, She Belongs to Me et Tangled up in Blue. L’une des plus belles interprétations de la soirée d’ailleurs (comme souvent). Dylan interprète son enchevêtrement bleu, morceau en perpétuel réécriture, comme il l’a toujours fait depuis 1975, alternant les mélodies et paroles à l’envi, passant même ce soir d’un instrument à un autre, harmonica puis piano.

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Le Zim ne touche plus une guitare depuis longtemps. Sa posture face au micro, jambes arqués, bras ballants est déjà devenue familière. Entouré de ses fidèles musiciens, Tony Garnier (basse), Charlie Sexton (guitare, et aperçu récemment dans Boyhood) en tête, tous en costumes de scène, sous un éclairage toujours aussi primaire, Dylan, en historien non-assumé de la musique nous fait traverser le temps et les Etats-Unis. On passe de la Nouvelle-Orléans à New York des années 30 aux années 50, avec justesse et brio.

Si la set-list n’est plus bouleversée d’un soir à l’autre comme par le passé, les morceaux, eux, sont tous passés à la moulinette. Beyond Here Lies Nothing devient un morceau de cabaret, High Water et son banjo une ritournelle cajun, Things Have Changed un rockabilly bluesy, Love Sick un rock rageur, entêtant, entraînant (l’autre temps fort du concert). Les seuls morceaux épargnés sont ceux de Shadows In The Night. Sur ces reprises de standards américains, l’interprétation est juste, les mélodies respectées. Aucun écart. L’auteur-compositeur repris des milliers de fois se mue en interprète. Et c’est la bonne surprise de la soirée. Sa voix est limpide, l’élocution parfaite. Bob Dylan en crooner ? Le Zim là où ne l’attendait pas. Why try to change me now.

Set List

Things Have Changed
She Belongs To Me
Beyond Here Lies Nothin’
What’ll I Do
Duquesne Whistle
Melancholy Mood
Pay In Blood
I’m a Fool to Want You
Tangled Up In Blue
(Entracte)
High Water (For Charley Patton)
The Night We Called it a Day
Early Roman Kings
Why Try to Change Me Now
Spirit On The Water
Scarlet Town
All Or Nothing At All
Long And Wasted Years
Autumn Leaves
Blowin’ In The Wind
Love Sick

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