Graham Parker & Eric Naulleau : concert littéraire aux Bouffes du Nord

J’ai vu Graham Parker en concert pour la première fois le 12 septembre 2013. Vierge ou presque de toutes connaissances parkerophiles avant de pénétrer dans la salle du New Morning ce soir-là, j’en suis ressorti avec le sentiment inédit d’avoir assisté au concert d’un artiste que j’aurai toujours voulu connaître. Voix nasillarde, écriture urbaine et poétique, mélodies mélancoliques, humour britannique, Parker fait le lien avec toute la musique que j’aime. De Dylan à Springsteen. De Smokey Robinson aux Rolling Stones. Ce fut ce qu’on appelle une révélation.

Je l’ai revu deux fois depuis. En juin 2014, j’avais trouvé assez anecdotiques ses retrouvailles avec The Rumour à la Cigale. Ce lundi soir en revanche, sur la scène aussi spectaculaire qu’intime du Théâtre des Bouffes du Nord, j’ai retrouvé le Parker addictif de la première fois.

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23 novembre 2015. J+10 après les attentats. Le froid et les forces de l’ordre font désormais partie du décor. Ça n’empêche pas les fidèles d’investir le théâtre de la Porte de la Chapelle. Graham Parker n’est pas le seul nom à l’affiche ce soir. Le rockeur anglais (65 ans) la partage avec Eric Naulleau, l’homme derrière cet expérimental concert littéraire. Savoureux prétexte offrant au chroniqueur, débatteur et animateur télé la réalisation du fantasme ultime : monter sur scène avec son idole.

Parkeromane assumé, atteint d’une “passion irraisonnée” (d’après ses propres mots), Naulleau réalise les uns après les autres les rêves de tout fanatique. Collectionneur compulsif, spectateur régulier, éditeur littéraire, le chroniqueur a même franchi l’infranchissable en tissant des liens d’amitié avec son artiste préféré. Un pari osé et réussi.

Dimanche à Cognac et lundi soir à Paris, il a partagé, pour deux soirées exceptionnelles, la scène avec son idole de toujours. Graham Parker donc. Cet obscur auteur-compositeur anglais auquel il a consacré un livre, Parkeromane (Belfond), sorti en 2008. Une oeuvre littéraire à la croisée de l’autobiographie et de l’hommage. Une expérience que Naulleau prolonge face au public. Le plaisir et l’émotion ne sont jamais dissimulés.

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Le concept est simple. Pendant près de deux heures, Naulleau évoque sa passion pour le chanteur britannique en lisant des morceaux choisis de Parkeromane. Chaque passage est entrecoupé de titres interprétés en direct par Graham Parker en personne. Comme dans un livre de Nick Hornby. L’artiste est au service du fan.

A travers les souvenirs de Naulleau, on voyage dans l’espace et dans le temps. De 1977 à 2015. De Paris à Minneapolis. Regard espiègle dissimulé derrière ses lunettes fumées, le rockeur anglais se prête aisément au jeu. S’il laisse volontiers le devant de la scène à l’auteur, il interprétera, tout de même – et c’est surtout pour ça qu’on est là -, une douzaine de morceaux. A la perfection évidemment. Des plus connus (Hey Lord, Don’t Ask Me Questions) aux plus obscurs. When the Lights Go Down, par exemple, interprété pour la deuxième fois seulement ce soir là. La première ? C’était la veille à Cognac.

“Quand Eric [Naulleau] m’a demandé de jouer When the Lights Go Down, je lui ai répondu que je ne savais pas de quelle chanson il parlait” raconte Parker, hilare.

Le duo fonctionne à merveille.

Auteur-compositeur-storyteller, Parker est aussi un interprète exceptionnel. Malgré ses 65 ans, il enchaîne les morceaux avec brio. La voix est intacte. Le timbre 100% britannique, tantôt hargneux, tantôt mélancolique. Mention spéciale pour l’interprétation, en ouverture de Watch the Moon Come Down, voix rocailleuse, harmonica et guitare acoustique. Frissons garantis. On a presque cru voir les poils se hérisser sur les bras de Naulleau, assis à droite du chanteur.

On quitte les deux amis après une reprise de Chuck Berry (Parker reconnaîtra lui-même qu’il n’a toujours pas compris pourquoi Eric Naulleau lui a demandé de jouer un morceau de Chuck Berry) et l’inévitable hymne parkerien : Hey Lord, Don’t Ask Me Questions.

PS : Je ne deviendrai jamais Parkeromane. Trop de morceaux m’ennuient ou me laissent complètement indifférents. Mais j’ai trouvé chez ce gringalet anglais une idole de substitution. Voir Parker seul sur scène dans la salle du New Morning, c’est comme voir Dylan au Café Wha ou Springsteen au Stone Pony.

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David Écrit par :

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