The War On Drugs au Bataclan : un souffle nouveau

Ce n’est pas une surprise pour nos fidèles lecteurs, les auteurs de ce blog ne jurent que par l’ancien. Bob Dylan, Mark Knopfler, Neil Young, Bruce Springsteen : nos héros musicaux ont tous passé l’âge de la retraite. Ce qui ne les empêchent pas d’enchaîner albums et tournées. Avec plus ou moins d’inspiration. Mais pour combien de temps encore ? Dans 10, 15, 20 ans, quel artiste, quel groupe nous donnera envie de nous lever le matin ? De faire la queue – virtuelle – sur la Fnac ou GDP pour une place au premier rang (assise probablement) ? Peut-être bien ce trentenaire chevelu d’Adam Granduciel, leader de The War On Drugs et artisan d’une americana nouvelle à qui il insuffle un souffle épique.

Dans l’ombre de Dylan, Springsteen et Dire Straits

Le rock de The War on Drugs est délicieusement anachronique. Les ombres de Bob Dylan, Neil Young, Bruce Springsteen et Dire Straits, mais aussi les fantômes de Tom Petty et Warren Zevon, dansent autour des mélodies du groupe de Philadelphie. Batterie, guitares, piano, synthétiseur et saxophone font le grand écart entre rock seventies et rock indé. Sans jamais sonné dépassé. Une modernité vintage.

C’est le cas en studio, surtout depuis le succès éclatant de Lost in a Dream (2014) qui a sorti le groupe d’un relatif anonymat. Mais c’est également vrai sur scène, comme on a pu le vérifier, pour la deuxième fois après la Cité de la musique en 2015, ce lundi soir au Bataclan*.

Compositions lyriques et rythmique diabolique

Les compositions de Granduciel, de son vrai nom Adam Granosky (son pseudo vient de la traduction littérale de son nom par son professeur de français au lycée), prennent tout leur sens sur scène. Le chanteur-guitariste – dont le phrasé n’a jamais été aussi dylanien – n’est pas un conteur né comme ses héros. Il y a quelque chose de plus lyrique et poétique dans son écriture et dans son interprétation.

Il suffit pour s’en convaincre de se plonger dans les 14 minutes du sublime Thinking of a Place, habité d’une nostalgie et d’une introspection bouleversante. Ce morceau phare du dernier album est fort justement interprété au milieu du concert, entre les entraînants Red Eyes et Under the Pressure – déjà des classiques du groupe. C’est le point d’orgue de la soirée.

La puissance du groupe en live repose trois éléments : la rythmique diabolique imposée par la ligne batterie-basse, la longueur des compositions qui plonge la salle dans une ambiance incandescente, la superposition des couches de texture (piano, synthé, guitare, guitare sèche, saxo, glockenspiel, etc.) sans qu’aucune n’apparaisse superflue ou superficielle. Un rock planant tout en profondeur, que viennent stimulé certains morceaux plus nerveux comme Holding On, parfait single au glockenspiel très Born to Run, joué dès l’entame du concert juste après le plus introverti In Chains.

Les Philadelphiens jouent le chaud et le froid, avec une science du détail et du timing à toute épreuve. Début du concert 20h30. Fin du concert 22h30 pétantes, après un You Don’t Have To Go lancinant et aux notes de guitares toutes Knopfleriennes.

Derrière des semblants d’improvisation digne du Crazy Horse de Neil Young se cache en fait une métronomie à toute épreuve. Le finale nous laisse d’ailleurs un petit goût d’inachevé – pas de rappel -, au milieu d’un public auquel l’auteur de ses lignes est peu habitué : barbes hirsutes, chevelure peroxydée, vestes de sport des années 80 et balancements de corps 100% Pitchfork. Pour une fois, on n’était pas les plus jeunes dans la salle.

Setlist du concert du 6 novembre 2017

  1. In Chains
  2. Holding On
  3. Pain
  4. An Ocean in Between the Waves
  5. Strangest Thing
  6. Nothing to Find
  7. Knocked Down
  8. Buenos Aires Beach
  9. Red Eyes
  10. Thinking of a Place
  11. Under the Pressure
  12. In Reverse
  13. Eyes to the Wind
  14. Burning
  15. You Don’t Have to Go

 

*Nous étions déjà revenus dans cette salle mythique, marquée pour toujours par les attentats du 13 novembre, il y a an pour découvrir les Seratones, l’excellent groupe de garage-soul-rockeurs révélation de 2016. Et c’est toujours un plaisir de constater que la musique a pris le dessus.

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David Écrit par :

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