Waters en colère… moi aussi

Roger Waters
Nanterre, U arena
08 juin 2018

La dernière tournée de Roger Waters intitulée The Wall m’avait laissé un goût amer… et ce soir (08 juin 2018) à l’U Arena, pour sa nouvelle tournée Us + Them, il ne s’est pas estompé.

Le 30 mai 2011, j’étais tout en joie à l’idée de voir un gros show à la Waters. Sur le papier cela s’annonçait bien, mais la réalité fut tout autre. A vouloir trop en faire, on se perd et en oublie l’essentiel : la musique.
Pourtant, 7 ans après, je persiste et signe. Surement pour donner encore une chance au produit. Là, on parle bien de produit tant cette tournée est utra-mercantile. Des chiffres qui donnent le tournis : 150 dates, près de 100 millions d’euros de gains… Roger Waters pourra compléter sa collection de t-shirts noir !

La logistique : un métier

Après les ratés de l’inauguration de l’U Arena avec les Rolling Stones (voir article ici), les organisateurs avaient promis une meilleure gestion des flux. Il n’en fut rien. Ou plutôt 40 minutes pour rejoindre mon siège.
Heureusement que le concert n’a pas commencé à 20h pile poil… sinon j’aurai vécu le début dehors avec quelques milliers de spectateurs agacés.

C’est toujours assez impressionnant d’entrer dans cette arène qui pourrait faire tenir 2 Bercy !
A la vue de l’écran géant déjà en place, on a l’impression que la plus grande salle d’Europe n’est pas assez grande pour Roger Waters. Son écran recouvre la quasi intégralité des 1400m² de l’écran de l’U Arena. J’avais déjà était très impressionné lors de la dernière tournée The Wall où « le mur » était une prouesse technique et technologique grâce notamment aux projecteurs Panasonic qui projetaient une image d’une rare luminosité. Là encore, bravo pour la qualité de l’écran, c’est assez bluffant ! On est presque au même niveau de l’écran qui a servi pour la tournée de Mc Cartney mais en plus grand !
L’écran est malheureusement en configuration stade et non salle. Je dis malheureusement car sur la deuxième partie nous n’aurons pas droit à l’écran 3D se projetant au dessus de la fosse.
L’écran est rallongé de quelques dizaines de mètres sur les côtés pour bien prendre toute la largeur de la salle. La scène, quand à elle, semble petite…. très petite et complètement perdue au milieu de l’immensité de l’U Arena.

Premier set  : on attend la suite…

Après une scénette de plus de 20 minutes très Floydesque portant sur tout l’écran où il ne se passait rien ou presque rien… je m’attendais à une grosse entrée digne d’un Johnny au stade de France… que nenni, Roger n’est pas Johnny et « l’animal » a ressorti Breathe très fidèle à la version originale, autant vous dire que le soufflé est tout de suite retombé. Ils sont où les joints ? Va falloir faire tourner !
Même One Of These Days qui suit ne m’a pas fait réouvrir les yeux. Et au bout de 10min je commence déjà à regarder ma montre… ça va être long…

Les 4 titres du dernier album de Waters (album que je n’ai même pas pu écouter d’une traite tant ça m’a ennuyé) ressortent plutôt bien dans cette configuration, j’en suis le premier surpris. C’est probablement dû au fait que les titres de Pink Floyd ont pour moi un « écho » très différent quand Gilmour n’est pas aux commandes.

Mes dires se confirment quand le titre éponyme de l’album Wish ou Were Here se fait entendre.
Waters a bien conscience que l’absence de Gilmour allait se faire ressentir, au chant et à la guitare nous avons le Hippie Californien Jonathan Wilson (présenté comme cela par Roger Waters, et que mon co-auteur David adore) qui pousse également la chansonnette sur d’autres titres où Waters a besoin d’une voix plus fluette et juste.
Pour se démarquer de la version originale trop connotée Gilmour, il pousse le vice à faire jouer le solo par son claviériste (qui est aussi le clavier de Gilmour) mais l’effet whaouu n’a pas eu lieu.

Il faudra attendre l’emblématique Another Brick In The Wall pour enfin faire lever les spectateurs (ça tombait bien, je commençais très sérieusement à avoir mal aux fesses). Mais là encore, gros flop musicale. N’est pas Gilmour qui veut !

Comme à chaque date, Waters invite des enfants locaux (ici de Paris 19ème) pour chanter et danser sur scène dans une chorégraphie un peu approximative mais avec beaucoup de joie communicative.
Waters en profite pour lancer son discours militantiste en cagoulant les enfants vêtus d’une salopette orange, une allusion à peine cachée aux prisonniers de Guantanamo puis en les délivrant de leur tenue avec un sobre t-shirt floqué RESIST. Message bien évidemment repris sur l’écran qui sera un fil rouge pour toute la soirée…

Et c’est parti pour 20 minutes d’entracte histoire que l’U Arena rentabilise son partenariat avec Kronembourg et que surtout que Roger nous montre ses plus belles slides de propagande dénonciatrice d’un système pourri. Ca balance fort à l’U Arena, alors moi, je fais pareil 🙂

Deuxième set : c’est du lard ou du cochon ?

Les premières secondes sont annonciatrices d’une suite tonitruante.
La fameuse usine de Battersea Power Station de Londres, illustration de l’album Animals des Pink Floyd semble sortir de terre. L’effet est là, le son nous pénètre directement dans l’estomac, on s’attend à une grosse montée en charge et ben non…. et hop on recommence et on nous enlève le dessert de la bouche ! Ça commence sérieusement à être agaçant….

C’est moi ou Waters nous en veut ?

Et c’est pas le cochon gonflable, dirigé par drone sur Pigs qui va dire le contraire. Il a autant d’intérêt que la poupée gonflable d’AC/DC sur Whole Lotta Rosie… mais en moins sexy.

Ce deuxième set donne la parole à Waters sur son combat contre les dirigeants de certains pays, Trump en première ligne, ce très cher président en a eu pour son grade…
Et les saynètes se sont enchaînées toujours avec les mêmes messages… Ce soir Waters est monté sur une tribune ouverte. On a plus l’impression d’un meeting politique que d’un concert de Rock… ou de U2.

Le Money tant attendu n’aura pas fait d’éclat et s’enchaîne avec Us and Them. Même si le titre a été superbement interprété, il m’a encore replombé ma soirée.

Même constat sur Eclipse où des lasers surplombent la fosse pour faire apparaître le prisme de The Dark side Of The Moon, heureusement qu’il y avait au moins cette petite animation visuelle, sinon j’aurai bien failli m’endormir de nouveau.

Mais le meilleur… ou plutôt le pire est à venir. Profitant d’une audience n’attendant qu’une seule chose : Comfortably Numb, Waters se lance dans un monologe pro palestinien. Je vous avoue que vu le son assez pourri de l’U Arena, je n’ai pas compris grand chose à son discours mélangeant le français et l’anglais… ces 5 minutes furent longues, très longues et l’assistance commençait très sérieusement à s’impatienter « Tais-toi et joue » pouvait-on entendre dans les gradins…

Le final qui s’annonçait épique était tout juste correct.
Impossible de ne pas penser à Gilmour sur les 2 solos de cette chanson. Quoiqu’on fasse, sur cette tonale en Si mineur, je ne peux que penser à la dernière tournée de Gilmour qui fut magistrale avec les poils qui se dressaient à chaque note du maître.
Même si Dave Kilminster fait le job, il n’a rien à voir avec le toucher de l’autre Dave, guitariste emblématique du Floyd.

C’est bien là le souci avec ce show hors norme. A trop vouloir en faire, on en oublie l’essentiel : la musique !

Un show millimétré mais sans âme. Roger a beau redoubler d’effort en traversant la scène de droite à gauche et de gauche à droite pour se sentir plus près de son public mais rien n’y fait.
Et ce ne sont pas ses quelques chansons en playback qui vont nous faire dire le contraire (allez prends ça !).

Allez cette fois c’est la bonne : on ne m’y prendra plus ! Waters c’est fini, je reste définitivement sur Gilmour.

 

Setlist Roger Waters U arena, Nanterre (Paris)
08 juin 2018

Set 1 :
01. Speak to Me
02. Breathe
03. One of These Days
04. Time
05. Breathe (Reprise)
06. The Great Gig in the Sky
07. Welcome to the Machine
08. Déjà Vu
09. The Last Refugee
10. Picture That
11. Wish You Were Here
12. The Happiest Days of Our Lives
13. Another Brick in the Wall Part 2 & 3

Set 2 :
14. Dogs
15. Pigs
16. Money
17.Us and Them
18. Smell the Roses
19. Brain Damage
20. Eclipse

Encore:
21. Comfortably Numb

 

Pour aller plus loin :

Critique du concert par Paris Match ou LeFigaro

 

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